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Ici on joue, ici on prie: le jeu et la liturgie

Ce slogan des patronages inventé par l'abbé Jean Joseph Allemand en réponse à la visite d'un inspecteur du gouvernement venu fermer son patronage et lui demandant ce qui s'y passait, insiste sur les deux dimensions, les deux faces, de la pédagogie instaurée dans les patronages.

Il convient en effet d'ajouter à la dimension sociale du jeu sa dimension physique et intellectuelle qui participent de la croissance de l'enfant ou de l'adolescent.



Plus largement, le jeu institue de nouveaux rapports au corps et à l'esprit. L'importance du jeu dans l'intuition pédagogique de l'abbé Allemand transparaît dans ses propos: « Je n'aurais pas confiance en un enfant qui ne jouerait pas, passerait-il des heures en prière à la chapelle ».


La prière, qui passe elle aussi par un apprentissage, occupe aussi le terrain de l'éducation. On remarque ici le souci de faire de la foi non une tradition culturelle mais un acte pleinement vécu et essentiel au projet de l'œuvre.


Le plus important dans ce slogan "ici on joue, ici on prie" est dans la virgule. La conjonction des deux éléments. On est ici dans la gratuité. Ce n’est pas utile, c’est indispensable. Lien d’amitié, c’est la mission essentielle.

Joseph Ratzinger, futur Benoit XVI, dans son ouvrage sur la liturgie en 2002 explique admirablement comment le jeu est une propédeutique à la vie spirituelle.


Nous consentons à entrer dans cet autre monde de l’enfant. Nous ne fuyons pas le monde par l’imaginaire, l’imaginaire va au contraire modeler ce monde. Selon lui, il faut muscler notre imaginaire pour pouvoir imaginer le Bon Dieu. On a besoin d’image y compris et surtout dans la liturgie. Voici un extrait de son lire:


Un prélude à la vie future


" La liturgie et le jeu ont tous deux leurs règles, bâtissent leur réalité à laquelle sont associés tous les participants aussi longtemps que dure le ’jeu". Tout en ayant un sens, ils relèvent de la gratuité et possèdent ainsi une vertu thérapeutique, voire libératrice. L’un et l’autre nous sortent d’un univers centré sur l’efficacité et les résultats, pour nous ouvrir à un monde sans autre finalité que lui-même.


Nous arrachant pendant quelques instants aux préoccupations de notre vie, ils nous proposent un ailleurs, une oasis de liberté, où il nous est permis un bref instant, de laisser sans pression et sans contrainte couler notre existence - une évasion bienvenue de notre quotidien et de son poids. (...)


Par maints côtés (l’activité du jeu) apparaît comme une anticipation, un exercice préparatoire à la vie adulte, sans le poids ni la gravité de celle-ci (...)

La liturgie, elle aussi est un exercice préparatoire, mais d’une nature particulière de par l’objet de son anticipation : elle est le prélude à la vie future, à la vie éternelle, dont saint Augustin disait qu’elle n’était plus faite, telle notre vie ici-bas, de besoins et de nécessités, mais de la liberté de l’offrande et du don.

La liturgie en suscitant en nous un authentique esprit d’enfance, une réceptivité à cette grandeur à venir qui n’est pas accomplie dans la vie adulte, serait la forme concrète de l’espérance qui, par anticipation, vit déjà la vie véritable -vie de liberté, d’union intime avec Dieu et d’ouverture à l’autre.


Elle marquerait ainsi notre existence quotidienne, en apparence si "réelle", du signe annonciateur de notre future liberté et, traversant nos barrières et nos contraintes, ferait déjà briller la lumière du Ciel sur la terre."


Extrait de L’Esprit de la Liturgie, par Joseph Ratzinger Ad Solem, 2002


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